Alors qu’au Royaume-Uni les frais de scolarité universitaire s’envolent (près de £9000 par an), le nombre d’inscrits diminuent (-8,7%)… Ce sont les chiffres de UCAS (Universites and Colleges Admissions Service). En France, les universités sont devenues autonomes mais elles font face à la concurrence déloyale des Grandes Ecoles… Ainsi, la question de l’enseignement supérieur et la recherche devient un vrai sujet d’actualité. Terra Nova vous propose une réforme du système français…

I- Le constat et les objectifs
Le rapport met en lumière la nécessité de promouvoir l’enseignement supérieur et la recherche, trop souvent négligés. Le but recherché est bien entendu le progrès et la valorisation de la connaissance ainsi que la démocratisation de l’enseignement supérieur. Investir dans l’enseignement supérieur et la recherche c’est miser sur une croissance future de la productivité. Les progressistes mettent en avant un projet politique à long terme. A l’inverse les conservateurs cherchent à entretenir un système d’enseignement élitiste de reproduction qui dessert seulement et simplement des besoins économiques.
Ainsi, le rapport met en cause la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (dit loi LRU du 10 août 2007) qui se focalise seulement sur la gouvernance et la structure des universités sans prendre le problème à la racine. Il fustige également le modèle reproductif et élitiste des Grandes Ecoles et désapprouve l’impact du plan « Réussir en Licence ». En outre, le rapport déplore le manque de moyens consacrés à l’enseignement supérieur qui en 2006 représentait seulement 1,3% du PIB. Les dépenses pour un étudiant en université en 2006 n’étaient que de 9000€ contre 15000€ pour un étudiant des Grande Ecoles. La situation a évolué depuis 2006 mais la France reste en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE en matière de dépenses dans l’enseignement supérieur la recherche.
Pour les progressistes, l’université doit être le cœur du système éducatif. Il faut donc donner les moyens aux universités de rayonner et de véhiculer la connaissance aux plus grand nombre. Cela sous-entend de régler les problèmes conjoncturels et structurels de l’université, à savoir l’échec en premier cycle, l’absentéisme, la mauvaise orientation des étudiants ou encore le manque de moyens financiers. Il faut également revaloriser la recherche et mettre un terme à la crise de vocation des chercheurs.
La réforme proposée par Terra Nova vise à remplir les objectifs de la stratégie de Lisbonne. Ce processus européen ambitionne à ce que d’ici 2022 50%d’une classe d’âge ait une licence et que la part des dépenses en recherche et développement atteigne les 3% du PIB. Pour mémento, le processus de Lisbonne édicté en mars 2000 lors d’un Conseil Européen des 15 visait à faire de l’Union européenne « l’économie la plus compétitive au monde ».
II- Les propositions
Concrètement Terra Nova fait différentes propositions pratiques pour enrayer l’échec des étudiants en université :
• Supprimer les cours en amphithéâtre, non adapté au nouveau public étudiant
• L’encadrement des étudiants par des tuteurs doctorants (1 tuteur pour 4 étudiants)
• Engager une révolution numérique (portail offrant des supports numériques de qualité, manuels en ligne…)
• Axer davantage la formation sur la pluridisciplinarité en licence pour lutter contre la professionnalisation trop pointue qui répond seulement aux besoins économiques du moment
• Mettre en place une orientation active axée sur le dialogue et en partenariat avec divers acteurs économiques (Pôle Emploi, Chambre de commerce, Entreprises….)
• Effectuer une sélection pour les masters
• Créer une synergie Universités-Grandes Ecoles
• Réguler les formations privées concurrentes
• Réhabiliter 50 000 logements étudiants et en créer 40 000 nouveaux d’ici 2017
De plus, la mesure phare du rapport de Terra Nova est celle du revenu d’autonomie. L’idée est de verser une Allocation d’Etude Supérieure (ALES) qui fiance les études à hauteur de 25 000€ (soit un revenu de 500€ pendant 50 mois). Le versement de l’allocation serait conditionné par l’assiduité de l’étudiant et la réalité des études. Ce revenu d’autonomie serait complété par un prêt à taux zéro garanti par l’Etat (de 150 à 300 euros par mois). Cette proposition s’inspire des modèles suédois et danois.
Concernant la recherche, Terra Nova propose les mesures suivantes :
• Augmenter les moyens financiers dans le domaine de la recherche tout en ayant une stratégie territoriale efficace
• Augmenter la rémunération des chercheurs
• Soutenir les jeunes docteurs
• Diminuer les déséquilibres entre la recherche appliquée et la recherche fondamentale
• Réformer le Crédit Impôt Recherche (CIP) qui profite davantage aux grandes entreprises qu’aux PME innovantes qui embauchent
Enfin, le rapport remet en cause la quasi-gratuité de l’université qui n’a aucune vertu redistributive, qui renforce les inégalités sociales existantes et qui prive les universités de nouvelles ressources financières. Aujourd’hui les frais d’inscriptions en université s’élèvent à 174€ en licence, 237€ en master et à 359€ en doctorat. Terra Nova propose l’augmentation progressive de ces frais d’inscription par 2 voire par 4 d’ici 2017. En 2017 les frais seraient gelés. Ce système ne remet pas en cause les boursiers du CROUS qui resteraient exonérés des frais d’inscription. Cette mesure pourrait rapporter 1 milliard d’euros supplémentaire par an pour les universités.
Cette participation des étudiants aux frais de scolarité permettrait :
• De prendre conscience de la valeur des études
• d’exiger une formation de qualité
• de lutter contre l’absentéisme
• de mettre fin aux inscriptions fantômes pour bénéficier des avantages de la Sécurité Sociale
Rapport écrit par Alexandre Aidara, et Yves Lichtenberger, le 23/08/2011, pour Terra Nova
Résumé par Florian Bercault
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